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On a les terres, le soleil, l’eau — alors pourquoi importe-t-on pour 30 milliards de nourriture ?

La Nouvelle-Calédonie dispose de 350 000 hectares de terres agricoles. Elle en exploite 13 %. Le reste de l’assiette arrive d’Australie, de Nouvelle-Zélande, de métropole — pour une facture annuelle de 30 milliards de francs. Ce n’est pas un manque de ressources. C’est un enchevêtrement de choix.


2 267 mots
10–14 minutes

Sur 100 hectares de terres agricoles disponibles en Nouvelle-Calédonie, 87 sont laissés en friche ou en pâturage extensif. On importe massivement ce qu’on pourrait produire. Voilà ce que disent les chiffres et ce que ça coûte.

CE QU’ON SAIT

La Nouvelle-Calédonie dispose d’environ 350 000 hectares de terres à vocation agricole. Selon les données de l’ISEE et de l’Agence rurale, moins de 13 % de cette surface est effectivement exploitée de manière intensive — maraîchage, arboriculture, élevage structuré.

En pratique : sur l’ensemble du territoire, environ 45 000 hectares sont en production agricole réelle. Le reste est en friche, en pâturage naturel peu productif, ou en forêt secondaire.

Note méthodologique : le chiffre de 13 % recouvre les surfaces en exploitation déclarée. Il exclut les jardins familiaux non déclarés — particulièrement présents en tribu — qui contribuent à l’autoconsommation sans apparaître dans les statistiques officielles.

🌱 Agriculture
terredepalabre.nc
13 %
de la surface agricole disponible est exploitée
Nouvelle-Calédonie · 2024
Surface à vocation agricole · 350 000 ha
13 %
87 % non exploités
45 000
hectares en production agricole déclarée
30 Md F
de nourriture importée chaque année
Pourquoi si peu de terres exploitées ?
Foncier complexeTerres coutumières et propriétés privées non exploitées — délais ADRAF
Coûts d’installationIntrants, équipements, carburant — tout est importé et plus cher qu’en métropole
Concurrence importsFruits et légumes d’Australie et NZ souvent moins chers que le local
Main-d’œuvreAgriculture intensive demande une main-d’œuvre que la NC peine à mobiliser

La NC a les terres, le soleil, et plusieurs filières qui fonctionnent. La crevette bleue, par exemple, est le 2e produit d’export après le nickel — preuve qu’une filière locale peut réussir sur la qualité.

Note : le chiffre de 13 % couvre l’agriculture commerciale déclarée. Les jardins familiaux en tribu — autoconsommation non déclarée — ne sont pas inclus dans les statistiques officielles.


POURQUOI SI PEU ?

Plusieurs facteurs se combinent :

Le foncier : une large part des terres agricoles potentielles est soit en statut coutumier (non cessible, transmission régie par la coutume), soit détenue par des propriétaires privés n’ayant pas vocation à les exploiter. L’ADRAF — Agence de Développement Rural et d’Aménagement Foncier — gère les redistributions, mais les délais et les contraintes institutionnelles ralentissent les installations.

Le coût d’installation : démarrer une exploitation agricole en NC coûte significativement plus cher qu’en métropole. Les intrants, les équipements, le carburant pour les engins — tout est importé et taxé.

La concurrence des importations : les fruits et légumes importés (principalement d’Australie et de Nouvelle-Zélande) arrivent souvent moins chers que la production locale, qui supporte des charges sociales et des coûts logistiques plus élevés.

La main-d’œuvre : l’agriculture intensive demande une main-d’œuvre disponible et formée, deux ressources que la NC peine à mobiliser.

🌱 Agriculture · Surfaces
terredepalabre.nc
Comprendre les unités de surface
100 m²
1 Are
Un carré de 10 m × 10 m. L’unité de base pour une petite parcelle.
≈ 1 terrain de tennis
10 000 m²
1 Hectare (ha)
100 ares. Un carré de 100 m × 100 m. L’unité de référence en agriculture.
≈ 1,5 terrain de football
100 ha
1 km²
100 hectares. L’unité pour mesurer des grandes superficies géographiques.
≈ quartier de Nouméa-Centre
Qu’est-ce que la SAU ?
SAU
Surface Agricole Utilisée
La SAU désigne la surface effectivement mobilisée pour une activité agricole déclarée — que ce soit pour cultiver, élever des animaux ou maintenir des terres en jachère dans un cadre d’exploitation. C’est l’unité de référence des statistiques agricoles.
✓ Inclus dans la SAU
Terres labourées · prairies permanentes · cultures pérennes · jachères déclarées · bassins aquacoles en exploitation
✗ Exclu de la SAU
Forêts · friches non déclarées · jardins familiaux en tribu · terres coutumières non exploitées · bâtiments agricoles
En NC, la SAU mesure l’agriculture commerciale et déclarée. L’autoconsommation en tribu et les jardins vivriers non déclarés — qui représentent une part significative de l’alimentation rurale — n’y figurent pas.
Visualiser 1 hectare · 100 carrés de 10 m × 10 m
1 are
= 1 carré sur 100
13 % exploités en NC
13 carrés verts sur 100 disponibles
SAU : élevage vs culture
96 % élevage bovin · 4 % cultures
Répartition de la surface agricole utilisée (SAU) · NC 2012
SAU 182 000 ha
Surface Agricole Utilisée
recensement RGA 2012
Source : ISEE / Wikipedia
96 %
Élevage bovin extensif
~174 600 ha · Côte Ouest principalement · Grande Terre · Peu d’intrants, faible rendement/ha
4 %
Cultures végétales
~7 400 ha · Maraîchage, tubercules, vergers, céréales · Production commerciale et vivrière
Attention à la lecture : l’élevage bovin « extensif » signifie que les vaches pâturent sur de vastes surfaces naturelles, avec peu d’aménagements. Ce n’est pas une agriculture intensive. Le ratio 96/4 traduit l’organisation historique du foncier, pas la valeur économique produite par hectare.
Superficie de la Nouvelle-Calédonie · Mise en perspective
18 575 km²
Superficie totale
Grande Terre + îles · Comparable à la Corse (8 680 km²) × 2
~45 %
Forêts et maquis
Végétation naturelle, maquis miniers, forêts humides
~12 %
Exploitations agricoles
Surface déclarée en 2012 · ~182 000 ha, dont 96 % pâturages bovins
~20 %
Terres coutumières
Tribus et réserves · Gestion ADRAF · Régime foncier kanak non cessible
<2 %
Zones urbaines
Grand Nouméa, Dumbéa, Mont-Dore, Koné · ~60 % de la population sur ~1 % du territoire
Répartition approximative · 18 575 km² = 100 %
Forêts · 45 %
Coutumier · 20 %
Agri · 12 %
Autres · 21 %
■ Forêts/maquis ■ Terres coutumières ■ Agriculture déclarée ■ Autres ■ Urbain (<2 %)

Sur 18 575 km², 12 % seulement sont en exploitation agricole déclarée — et dans ces 12 %, 96 % sont des pâturages bovins extensifs. L’agriculture intensive au sens strict — maraîchage, vergers, cultures — occupe moins de 0,5 % du territoire.


CE QUE ÇA VEUT DIRE POUR TOI

La NC importe environ 30 milliards de francs de produits alimentaires par an (IEOM). Une partie significative de cette facture pourrait être réduite si la production locale couvrait davantage de besoins en légumes, fruits, œufs, volailles — des productions pour lesquelles le territoire a les conditions climatiques.

Chaque fois que tu achètes une tomate importée d’Australie plutôt qu’une tomate produite à Farino ou à Pouembout, une partie de cette dépense sort du circuit économique calédonien.


CE QUI EXISTE DÉJÀ

L’Agence rurale soutient les installations via des aides à l’investissement et à la formation. Plusieurs filières sont en développement structuré : la filière bovine (Nouvelle-Calédonie est partiellement autosuffisante en viande bovine), la filière maraîchère sous serres dans le Grand Nouméa, et la filière crevettière — dont on parlera vendredi, car elle est devenue la deuxième exportation du territoire après le nickel.


ET DEMAIN ?

L’agriculture est aussi une question d’énergie : irriguer, réfrigérer, transporter — tout ça consomme du carburant ou de l’électricité. À mesure que la NC avance vers plus d’énergie renouvelable, le coût de production agricole local pourrait baisser. Ce n’est pas de la théorie : c’est la mécanique de la transition énergétique appliquée à l’assiette.

Vendredi, on parle d’une filière qui a réussi ce pari en partie : la crevette calédonienne, 2e produit d’exportation du territoire après le nickel.

Est-ce que tu savais que la Nouvelle-Calédonie cultive moins de 15 % de ses terres agricoles disponibles ?


SOURCES

  • ISEE NC — Recensement agricole, données foncières : isee.nc
  • Agence rurale — Statistiques agricoles annuelles : agence-rurale.nc
  • ADRAF — Aménagement foncier rural : adraf.nc
  • IEOM — Rapport annuel NC, données import alimentaire : ieom.fr

Article rédigé par Nobesh — Terre de Palabre, avril 2026 Ce contenu est indépendant de tout organe de presse et de tout parti politique. Partage libre avec mention de la source.


2 réponses à « On a les terres, le soleil, l’eau — alors pourquoi importe-t-on pour 30 milliards de nourriture ? »

  1. Avatar de Claire Burck
    Claire Burck

    Il faut penser « pays » pour imaginer une politique de développement agricole cohérente. On a un pays riche de microclimat qui favorisent une diversité de productions, un savoir-faire avéré en termes de « travail de la terre » et une demande en consommation diverses, également.

    30 milliards par an, c’est la globalité des importations. La nourriture représentant la moitié à elle seule…

    Peut-on comparer les chiffres tous les dix ans, de 1980 à 2020 ?

    Aujourd’hui 30 milliards à l’année, c’est 85% des biens de consommation des néocalédoniens.

    Réduire cette facture, c’est avant tout changer le système institutionnel en séparant les pouvoirs législatif et exécutif, fracturer les monopoles commerciaux, instaurer des vraies politiques de développements socioéconomiques, avec des objectifs réalistes.
    L’interdépendance est une solution de développement à envisager dans un plan de développement socioéconomique…
    Il faut aussi, drastiquement diminuer l’interventionisme institutionnel dans les échanges. Le marché doit se réguler seul…

    L’agriculture est le premier pourvoyeur de santé socioéconomique d’un pays.

    1. Avatar de terredepalabre

      Claire, merci pour ce commentaire détaillé. Sur les chiffres : les 30 Md F d’importations alimentaires correspondent bien aux données ISEE que l’article cite, c’est la moitié des 60 Md F d’importations totales hors nickel.
      Sur l’évolution historique depuis 1980 : c’est une très bonne question que l’article ne traite pas — les données existent partiellement dans les synthèses IEOM mais la série longue 1980-2020 mériterait un article dédié.
      Sur les leviers institutionnels que tu mentionnes : ce sont des débats qui relèvent directement des programmes provinciaux — exactement le sujet de notre prochain article cette semaine.

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