Mai 2024 n’est pas le seul responsable : la crise du nickel avait commencé fin 2023. Mais les émeutes ont transformé un ralentissement en effondrement.
Ce titre est une accroche — le mécanisme complet est dans l’article.
Le chiffre de référence : −13,5 %
Le Cerom — partenariat entre l’ISEE, l’IEOM et l’AFD — a publié en mai 2025 les comptes économiques rapides de la NC pour 2024. Verdict : le PIB a reculé de 13,5 % en volume, passant de environ 1 083 milliards de francs à 943 milliards (7,9 milliards d’euros). C’est un retour au niveau de 2016. Huit ans de croissance effacés en douze mois.
L’IEOM le confirme dans son rapport annuel de juillet 2025 : c’est le pire recul depuis 1962. Jamais la NC n’avait connu une telle contraction économique, pas même lors des Événements des années 1980, ni lors de la pandémie de 2020.
Ce que ça veut dire concrètement
1 633 entreprises disparues en 2024
L’ISEE recense 5 198 radiations d’entreprises sur l’année, pour seulement 3 565 créations. Solde : −1 633 entités économiques. Dont 1 470 patentés (artisans, commerçants individuels) et 163 sociétés. Les créations d’entreprises sont à leur plus bas niveau depuis 30 ans.
11 600 emplois salariés privés perdus (31 mars – 31 décembre 2024)
C’est l’estimation de l’ISEE publiée en février 2025, dans son suivi conjoncturel mensuel. Ces données concernent uniquement le secteur privé — le secteur public et l’auto-emploi sont en cours de consolidation. La destruction d’emplois avait commencé avant mai 2024, sur fond de crise du nickel, avant de s’accélérer brutalement après les émeutes.
Pour donner l’échelle : en décembre 2024, 6 140 de ces salariés étaient indemnisés au titre du chômage total, dont 1 500 via le dispositif spécial exactions financé par l’État.
Une consommation en chute de 7,2 %
La consommation des ménages représente les deux tiers du PIB calédonien. Elle a chuté de 7,2 % en 2024. Les paiements par carte bancaire ont enregistré −62 % au moment des émeutes, avant un rebond partiel. Début 2025, les paiements par carte restaient encore −12,5 % sous le niveau de début 2024.
Le PIB par habitant passe à environ 3,5 millions de francs
Soit 29 330 euros. À titre de comparaison : 42 600 euros en métropole, 20 950 euros en Polynésie française. La NC s’était rapprochée du niveau métropolitain dans les années 2010. Elle en est à nouveau très loin.
Ce que mai 2024 a coûté à la NC
Pas deux crises — une longue descente, puis une chute
Il serait inexact de dire que la NC était en bonne santé avant mai 2024. La réalité est plus sombre : les émeutes ont précipité une économie qui s’affaiblissait depuis une décennie.
Entre 2000 et 2011, la NC connaissait une croissance moyenne de +3,6 % par an — portée par la construction des grandes usines de nickel et les cours élevés. Puis le régime a changé : entre 2012 et 2018, +1,2 % par an seulement. Une économie qui tourne au ralenti.
Trois signaux d’alerte clignotaient bien avant 2024 :
Le nickel en crise structurelle. Dès 2015, l’effondrement des cours mondiaux — sous la pression de la concurrence indonésienne — a commencé à fragiliser les usines. KNS (Province Nord) a été mise en veille début 2024 et fermée en août. La SLN était sous perfusion d’aides publiques depuis des années.
L’incertitude institutionnelle. Les trois consultations référendaires (2018, 2020, 2021) ont entretenu une décennie d’attentisme économique — documenté par des acteurs de toutes sensibilités politiques. Le consortium NC Éco l’a formulé en 2021 : « l’attentisme lié à l’incertitude institutionnelle mine l’économie. » L’indicateur du climat des affaires est resté durablement sous sa moyenne historique sur toute la période 2016-2023, sans jamais retrouver un niveau soutenu.
Les départs. Entre 2014 et 2019, pour la première fois depuis 1983, le solde migratoire de la NC est devenu négatif : 2 000 personnes quittaient le territoire chaque année de plus qu’il n’en arrivait. Un signal que les conditions économiques et le contexte général rendaient le territoire moins attractif.
Les émeutes de mai 2024 ont tout accéléré : destructions de commerces et d’outils de travail, départs de population, effondrement du tourisme, chômage partiel pour des milliers de salariés de toutes origines. Mais elles ont frappé une économie déjà debout sur une jambe.
Qui paie encore en 2025 ?
Les ménages modestes. L’ISEE signale en 2025 que l’inflation touche deux fois plus fort les ménages modestes que la moyenne : +2 % pour les plus précaires, contre +1 % pour l’ensemble. L’alimentation, le logement et les transports — leurs postes les plus importants — ont le plus augmenté. La restructuration du réseau Tanéo après les émeutes a entraîné une hausse des tarifs du transport en commun qui pèse particulièrement sur les foyers sans véhicule.
Les finances provinciales. La fiscalité de répartition versée aux collectivités a perdu 41 milliards de francs en deux ans (de 114 Md F en 2023 à 73 Md F en 2025). Dispensaires sous tension, collèges en attente de travaux, aides sociales réduites ou suspendues.
Les créateurs d’entreprises. Les créations sont au plus bas depuis 30 ans. Le tourisme reste déficitaire : de janvier à mai 2025, la NC comptait 21 000 touristes et 6 000 croisiéristes de moins que la même période en 2024 — elle-même déjà dégradée par rapport à 2023.
Les salariés du privé. Le chômage partiel spécial exactions (financé par l’État) s’est terminé au 30 juin 2025 pour les derniers bénéficiaires. Certains secteurs — construction, commerce, restauration — n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant mai 2024. Le nombre de dossiers de surendettement déposés à l’IEOM était en forte hausse dès début 2025.
Des signaux de stabilisation, pas encore de reprise
L’ISEE et l’IEOM parlent de « stabilisation à un niveau particulièrement dégradé ». Quelques signaux positifs existent depuis le second semestre 2025 : reprise partielle de l’extraction minière, retour de croisiéristes à Lifou, indicateur du climat des affaires (ICA) en légère remontée. L’ICA avait atteint 75,7 en moyenne en 2024 — un plus bas historique, inférieur même aux niveaux Covid de 2020.
Mais le niveau de 2023 — lui-même pas exceptionnel — est encore loin. Et les incertitudes restent nombreuses en juin 2026 : accord politique toujours en cours de négociation, prix du nickel volatile, prix des carburants au plus haut historique.
Ce que le 28 juin peut changer
Les élus provinciaux ne décident pas du prix du nickel. Ils ne fixent pas les tarifs de l’électricité. Mais ils décident de l’utilisation du budget provincial : comment investir, quelles aides maintenir, quels dispositifs de relance créer.
Les trois provinces ont mis en place des dispositifs de relance dans leurs domaines de compétence. Province Sud : soutien aux TPE via Sud Pro, garantie de prêt via Sud Relance, dispositif pour les jeunes via Sud Jeunes. Province Nord : maintien des investissements en puisant dans le fonds de roulement, priorité donnée au désenclavement. Province des Îles : plan de redressement financier sous supervision de la CTC, avec préservation des bons de transport sanitaire comme ligne rouge.
Les futurs élus hériteront de budgets contraints dans les trois provinces. Leurs choix — financer des dispensaires ou des routes, soutenir des entreprises ou maintenir des aides sociales — auront des conséquences réelles sur une population qui paie encore la crise.
Et demain ?
La semaine prochaine, on change de registre. Lundi : tes questions : celles qui reviennent le plus depuis 9 semaines, sur le corps électoral, l’énergie, la ZEE. Mercredi : ce que les prochaines provinces vont concrètement décider pour relancer l’économie, 4 leviers réels, sans promesse partisane. Vendredi : le nickel, la crevette, la ZEE, les trois richesses calédoniennes que tu ne vois pas sur ta fiche de paie.
La NC paie encore la crise de 2024. Est-ce que les listes que tu envisages de choisir le 28 juin disent clairement comment elles comptent relancer l’économie et protéger les ménages les plus touchés ?
Sources
- CEROM (ISEE · IEOM · AFD) — Comptes économiques rapides NC 2024, mai 2025 : isee.nc · ieom.fr
- IEOM — Rapport économique annuel 2024, juillet 2025 : ieom.fr
- ISEE — Point de conjoncture de crise, février 2025 (11 600 emplois, 1 633 entreprises) : isee.nc
- ISEE — Points de conjoncture trimestriels 2025 : isee.nc
- Chambre territoriale des comptes — Finances publiques locales NC 2024, décembre 2025 : ccomptes.fr
Article rédigé par Nobesh — Terre de Palabre, juin 2026 Ce contenu est indépendant de tout organe de presse et de tout parti politique. Partage libre avec mention de la source.



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