On parle beaucoup du nickel. On parle peu de la crevette. Pourtant, la crevette bleue de Nouvelle-Calédonie est devenue le deuxième produit d’exportation du territoire, avec 1,8 milliard de francs de revenus. Voilà comment une petite filière aquacole a réussi là où l’industrie minière trébuche.
UN CHIFFRE QUI SURPREND
1,8 milliard de francs CFP : c’est la valeur des exportations de crevettes de Nouvelle-Calédonie en 2023-2024, selon l’IEOM et l’IFREMER. Ce chiffre fait de la filière aquacole le deuxième poste d’exportation du territoire après le nickel — devant le café, la vanille, et tous les autres produits agricoles réunis.
La NC est le premier producteur mondial de crevettes bleues du Pacifique (Litopenaeus stylirostris) — une espèce élevée en bassins depuis les années 1980 sur la côte Ouest de la Grande Terre.
COMMENT ÇA MARCHE
L’aquaculture de la crevette en NC repose sur un modèle intégré : les crevettes sont élevées en bassins côtiers dans les lagunes de la côte Ouest — principalement entre Bourail et Koné — puis exportées vivantes ou transformées vers le Japon, l’Europe, et les États-Unis.
Les acteurs principaux :
- Néocalédonie Aquaculture (anciennement Leroux-Soproner) — le plus grand opérateur
- Des dizaines de petits éleveurs privés et de coopératives tribales
Ce qui distingue la crevette calédonienne : La qualité de l’eau du lagon, la faible densité d’élevage (contrairement aux filières intensives d’Asie), et l’absence de traitements antibiotiques massifs. La crevette calédonienne se vend en premium sur les marchés japonais et européens — c’est sa seule protection face à la concurrence mondiale.
CE QUE LES ÉMEUTES DE 2024 ONT CHANGÉ
La crise de 2024 n’a pas épargné la filière. Plusieurs bassins ont été endommagés ou inaccessibles. Les exports ont chuté sur l’année, et certains opérateurs ont dû réduire leurs capacités de production.
La reprise est en cours — mais elle illustre une vulnérabilité structurelle : une filière d’export dépend des infrastructures (routes, port de Nouméa), de l’énergie (pompes, refroidissement), et d’une logistique aérienne et maritime continue. La même dépendance logistique qui fragilise l’importation de carburant fragilise l’exportation de crevettes.
La crevette bleue du Pacifique
1er producteur mondial de Litopenaeus stylirostris — élevée en bassins côtiers sur la côte Ouest de la Grande Terre depuis les années 1980
Pomper les bassins, refroidir les entrepôts, transporter jusqu’au port : la crevette calédonienne paie le carburant le plus cher de la région. Une baisse du prix de l’énergie serait un levier direct pour la compétitivité de toute la production locale.
CE QUE ÇA VEUT DIRE POUR TOI
La crevette calédonienne est un exemple de filière locale qui a trouvé un débouché mondial sur la qualité plutôt que sur le volume. Elle emploie directement plusieurs centaines de personnes — dont une partie en tribu sur la côte Ouest.
Elle pose aussi une question indirecte : si la NC peut exporter une crevette premium à Tokyo, qu’est-ce qui empêche de développer d’autres filières locales capables de réduire la facture des 30 milliards d’importations alimentaires ?
45,4 Md F d’aides directes État aux entreprises nickel (Cour des comptes 2024) + 16,7 Md F de prêt à Prony Resources (mars 2024) pour éviter la cessation de paiements.
Accord Élysée-Oudinot : prêt jusqu’à 28,6 Md F à la SLN + 24 Md F à Prony Resources. Nouveaux prêts garantis État, conditionnés à un retour à la rentabilité.
Le « Pacte nickel » de Bruno Le Maire (nov. 2023) — 200 M€/an de subvention énergie — n’a jamais abouti. Bloqué au Congrès en avril 2024, puis noyé dans les émeutes. KNS fermée depuis août 2024 : 1 200 emplois perdus.
depuis plus de 20 ans.
Le nickel génère 88× plus d’exports que la crevette — mais avec des milliards de soutien public pour des usines déficitaires. La crevette, elle, est rentable, sans perfusion d’État, et vulnérable à une seule décision logistique : la suspension d’un vol.
LE LIEN AVEC LE CARBURANT
Ce n’est pas anodin : pomper l’eau des bassins, refroidir les entrepôts, transporter par camion jusqu’au port — tout ça consomme de l’énergie. La crevette calédonienne, comme toute la production locale, paie le carburant le plus cher de la région. Une baisse du prix de l’énergie serait un levier direct pour la compétitivité de la filière.
Est-ce que tu savais que la crevette était le 2e produit d’exportation de Nouvelle-Calédonie — juste après le nickel ?
SOURCES
- IEOM — Rapport annuel Nouvelle-Calédonie 2024 : ieom.fr
- IFREMER — Données aquaculture NC : ifremer.fr
- Agence rurale NC — Filières d’élevage aquacole : agence-rurale.nc
Article rédigé par Nobesh — Terre de Palabre, mai 2026 Ce contenu est indépendant de tout organe de presse et de tout parti politique. Partage libre avec mention de la source.




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