Pourquoi paie-t-on encore l’électricité au fioul quand le soleil est gratuit ?

La Nouvelle-Calédonie produit les deux tiers de son électricité à partir de sources renouvelables. Un chiffre méconnu — et un chiffre qui cache autant qu’il révèle : la métallurgie en est exclue, le transport reste entièrement dépendant du pétrole importé, et l’objectif d’autonomie énergétique fixé pour 2035 reste loin d’être acquis.


La Nouvelle-Calédonie produit déjà les deux tiers (66%) de son électricité à partir de sources renouvelables. C’est une réussite méconnue. Mais ce chiffre cache autant qu’il révèle — et la suite du chemin est encore longue.

Ce qui s’est passé

En 2024, 66 % de l’électricité produite en Nouvelle-Calédonie pour les particuliers et les entreprises provenait de sources renouvelables — hydraulique, solaire, éolien. C’est le chiffre publié par Enercal — Énergie Calédonienne — dans son bilan annuel.

Note méthodologique : ce chiffre de 66 % exclut la métallurgie. Les usines de traitement du nickel — Koniambo, Doniambo, Goro — consomment des volumes d’énergie considérables, principalement fossile. Si on intègre la métallurgie dans le calcul, le taux de renouvelable chute significativement. Le 66 % décrit donc l’électricité du quotidien — ton logement, ton école, ta boutique — pas l’économie dans son ensemble.

Pour un territoire aussi dépendant des importations pour son carburant, cette performance mérite d’être connue.


Le mécanisme — d’où vient cette électricité

Trois sources composent ce mix renouvelable calédonien.

L’hydraulique est la colonne vertébrale. Les barrages de Yaté, de Néaoua et de La Ouenghi fournissent une production stable et prévisible, particulièrement utile pour couvrir la consommation de base.

Le solaire a explosé ces dernières années. Des centaines d’installations photovoltaïques — sur les toits, dans les parcs solaires de Bouloupari, de Touho, de Koumac — injectent de l’électricité dans le réseau aux heures d’ensoleillement. La NC bénéficie d’un rayonnement solaire parmi les meilleurs du Pacifique.

L’éolien reste minoritaire mais progresse, notamment dans le Nord et aux Îles.

⚡ Énergie

Mix électrique de la NC : 66 % renouvelable — et après ?

Nouvelle-Calédonie · 2024
66%

de l’électricité produite en NC vient déjà des énergies renouvelables

C’est la part du renouvelable dans la production électrique pour les particuliers et les entreprises en 2024, selon Enercal.

* Hors métallurgie (usines de nickel) qui consomme environ 50 % de toute l’électricité produite sur le territoire.
Composition du mix électrique 2024
66 % renouvelable
34 % fossile
Hydraulique · Solaire · Éolien · Biomasse
Thermique (fioul, gaz)
💧 Hydraulique ~40% Principale source — barrages du Sud et du Nord
☀️ Solaire ~14% En forte croissance — parcs au sol + toitures
💨 Éolien ~8% Parc de Kafeate — alizés du Nord
🌿 Biomasse ~4% Biogaz · déchets organiques · en développement
Le cap : vers l’autonomie énergétique d’ici 2035
2024 66 % renouvelable
hors métallurgie
Source : Enercal
🏗️
2028 Début des travaux
STEP de Tontouta
Stockage hydraulique
🔋
2032 Mise en service
STEP Tontouta
Solaire stocké = nuit couverte
🎯
2035 Objectif STENC
autonomie énergétique
Schéma de Transition
Énergétique NC
⚠ Le chiffre qui change tout Les 66 % ne concernent que les particuliers et les entreprises classiques. Si on intègre les usines de nickel — Koniambo, SLN, Prony Resources — qui absorbent à elles seules environ 50 % de toute l’électricité produite sur le territoire, la part du renouvelable dans le total chute bien en dessous de ce chiffre. La transition énergétique calédonienne dépend donc autant de l’avenir du nickel que des choix politiques sur les ENR.

Ce que ça veut dire pour toi

Quand tu allumes la lumière chez toi, dans deux cas sur trois, c’est de l’énergie produite localement, sans pétrole importé, sans dépendance à Singapour.

C’est une différence fondamentale avec le carburant. Pour l’essence et le gazole, on dépend à 90 % de l’étranger. Pour l’électricité, on produit déjà la majorité sur place.

Le problème : la voiture que tu utilises pour te déplacer fonctionne au carburant fossile importé — pas à l’électricité locale renouvelable. Le transport reste le maillon faible.


Le contexte plus large — la limite du chiffre

66 %, c’est bien. Mais l’objectif du STENC — le Schéma pour la Transition Énergétique de la Nouvelle-Calédonie — est l’autonomie énergétique d’ici 2035. Il reste moins de dix ans.

Pour y arriver, deux défis majeurs :

Le stockage. Le solaire produit le jour, pas la nuit. L’hydraulique dépend des pluies. Sans capacité de stockage, on ne peut pas dépasser un certain seuil de renouvelable sans risquer des coupures. C’est pour ça qu’Enercal construit la STEP de Tontouta — une Station de Transfert d’Énergie par Pompage — qui permettra de stocker l’électricité solaire produite le jour pour la restituer la nuit. Travaux prévus en 2028, mise en service en 2032, dénommée du nom de la rivière qui l’alimentera mais elle devrait être construite à Tomo.

La métallurgie. Tant que les usines de nickel fonctionneront au fuel lourd ou au charbon, le bilan énergétique global de la NC restera très carboné. La transition de ce secteur est un enjeu à part entière.


Et demain ?

Les Îles Loyauté montrent que l’objectif est atteignable : Lifou, Maré et Ouvéa atteignent déjà 70 à 80 % de renouvelable sur leurs réseaux insulaires. Ce qui fonctionne sur les îles peut s’appliquer à plus grande échelle.

Et vendredi, on parlera d’une autre piste encore plus locale : l’hydrogène naturel et le biogaz — deux carburants que la NC pourrait potentiellement produire sur son propre territoire, sans importer quoi que ce soit.

Est-ce que tu savais que deux tiers de ton électricité quotidienne vient déjà de sources renouvelables produites en Nouvelle-Calédonie ?


Sources

  • Enercal — Bilan électrique 2024 : enercal.nc
  • Gouvernement NC / STENC — Schéma pour la Transition Énergétique de la NC : gouv.nc
  • Observatoire de l’énergie NC — Données annuelles mix électrique

Article rédigé par Nobesh — Terre de Palabre, avril 2026 Ce contenu est indépendant de tout organe de presse et de tout parti politique. Partage libre avec mention de la source.


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