La Nouvelle-Calédonie est un territoire de 270 000 habitants. Mais elle contrôle 1,4 million de km² d’océan — une surface tellement grande que même les Calédoniens qui vivent ici ont du mal à se la représenter. C’est plus que l’ensemble des terres émergées de l’Union européenne. Avant de voter le 28 juin, il est utile de savoir ce que ce chiffre représente vraiment — et qui a le pouvoir d’en disposer.
Une ZEE : c’est quoi exactement ?
Une ZEE — Zone Économique Exclusive — est une zone maritime dans laquelle un État détient des droits souverains sur toutes les ressources naturelles : poissons, minerais, pétrole, gaz, énergie des courants et des vents. Ces droits s’étendent jusqu’à 200 milles nautiques des côtes, soit environ 370 kilomètres.
Ce n’est pas une zone de propriété au sens strict — les navires étrangers peuvent y naviguer librement. Mais c’est une zone d’exploitation exclusive : personne d’autre ne peut y extraire des ressources sans autorisation.
La NC, avec ses îles principales et les Îles Loyauté, génère une ZEE de 1,4 million de km². Pour comparer : la France métropolitaine, avec ses frontières terrestres et ses côtes atlantiques et méditerranéennes, ne représente que 551 000 km² de terres. La ZEE calédonienne est presque trois fois la superficie de la France métropolitaine — uniquement en droits maritimes.
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Ce que la ZEE contient — et ce qu’on ne sait pas encore
La ZEE calédonienne n’est pas juste de l’eau. Sous sa surface et sur ses fonds marins, plusieurs richesses sont documentées à des degrés divers.
Les ressources halieutiques sont les plus visibles. Les thonidés du Pacifique Sud circulent dans cette zone. Les droits de pêche accordés aux flottes étrangères (japonaises, coréennes, américaines) génèrent des redevances annuelles — mais leur montant exact et leur affectation sont peu transparents pour le public.
Les nodules polymétalliques — des concrétions minérales riches en manganèse, cobalt, nickel et cuivre qui tapissent certains fonds — ont été identifiés dans plusieurs secteurs de la ZEE. La demande mondiale pour ces métaux va s’accroître avec la transition énergétique. Des programmes d’exploration scientifique (ZoNéCo, IFREMER) ont cartographié une partie de ces ressources depuis les années 1990.
Le potentiel en hydrocarbures est moins connu du grand public, mais documenté. Le programme ZoNéCo a réalisé plus d’une dizaine de campagnes de sismique en eaux profondes depuis 1998. Les géologues ont identifié trois bassins sédimentaires prometteurs : le bassin de Fairway, le bassin Ouest-Calédonien, et le bassin Sud-Loyauté. Aucun forage d’exploration n’a jamais été réalisé dans la ZEE calédonienne. Les analogies géologiques avec les bassins producteurs de Nouvelle-Zélande et d’Australie existent — elles ne garantissent rien, mais elles justifient que la question soit posée.
Qui a le droit de décider ?
C’est là que le mécanisme devient important à comprendre.
Pour les ressources halieutiques, la NC dispose d’une compétence propre. Le Congrès de la NC peut légiférer sur la pêche dans la ZEE. C’est une compétence transférée dans le cadre des Accords de Nouméa.
Pour les ressources du sous-sol marin — pétrole, gaz, minerais des grands fonds —, la situation est différente. Ces ressources relèvent du code minier français et de la compétence de l’État. Concrètement : un permis d’exploration pétrolière offshore dans la ZEE calédonienne ne peut être accordé que par Paris, pas par Nouméa.
Cela a une conséquence directe : depuis 25 ans de données sismiques accumulées, aucun appel d’offres officiel pour l’exploration pétrolière n’a jamais été lancé. L’IFREMER reconnaît le potentiel. L’inaction n’est donc pas une ignorance — c’est un choix institutionnel.
Les Accords de Bougival (juillet 2025) ont introduit une nouveauté : pour la première fois, un accord franco-calédonien accorde à la NC une compétence sur les relations internationales. Mais le transfert des compétences sur les ressources du sous-sol marin reste conditionné à une majorité qualifiée des 5/8 de l’Assemblée locale, puis un référendum, puis une décision de l’État.
Le projet de loi constitutionnelle qui devait inscrire ces accords dans la Constitution a été rejeté par l’Assemblée nationale le 2 avril 2026 — leur mise en œuvre est donc suspendue. Ils ne sont pas annulés pour autant : le Premier ministre Lecornu a annoncé que les discussions reprendraient en juillet 2026, après les provinciales. Les élus issus du 28 juin seront les interlocuteurs de cette prochaine négociation.
Ce que ça veut dire pour toi
Concrètement, 1,4 million de km² de ZEE pour 270 000 habitants, ça représente 5,2 km² de mer par habitant. Soit l’équivalent d’environ 5 terrains de foot de ressources potentielles pour chaque Calédonien — en droits théoriques.
La comparaison avec la Norvège est parlante. Ce pays de 5 millions d’habitants a transformé les revenus de sa ZEE pétrolière en un fonds souverain qui dépasse aujourd’hui 1 400 milliards d’euros — soit environ 260 000 euros par Norvégien. La Norvège n’était pas plus riche que la NC à la découverte de son pétrole. Elle a fait des choix institutionnels différents : une compagnie nationale, une taxation élevée des profits, et un mécanisme de redistribution à long terme.
La NC n’a pas de pétrole confirmé. Mais elle a une ZEE, des ressources halieutiques, des nodules polymétalliques, et peut-être des hydrocarbures. La vraie question n’est pas « est-ce qu’il y a quelque chose ? » — c’est « qui décide d’aller le chercher, dans quelles conditions, et au bénéfice de qui ? »
Le contexte géopolitique : pourquoi ça compte maintenant
La ZEE n’est pas une abstraction tranquille. En février 2025, la Chine a signé un accord avec les Îles Cook pour explorer les ressources minières de leur ZEE. En avril 2025, les États-Unis ont lancé un programme accéléré d’exploitation des grands fonds marins. Les grandes puissances ont compris que les ZEE du Pacifique sont la prochaine frontière des ressources.
La NC est au centre de cette zone. Elle accueille 2 000 personnels militaires français, la principale base navale française en Océanie. Pour Paris, Washington, Canberra et Tokyo, la NC n’est pas seulement un territoire riche en nickel. C’est un point de surveillance et d’ancrage stratégique dans un Pacifique de plus en plus disputé.
Ce contexte ne dit pas comment voter. Il dit que les décisions qui se prennent en NC, y compris lors des élections provinciales du 28 juin, ont des implications qui dépassent largement les questions locales.
Et demain ?
Mercredi, on aborde un sujet que l’actualité vient de rendre encore plus concret : qui a le droit de voter le 28 juin ? Les Accords de Nouméa ont créé un corps électoral restreint pour les élections provinciales — et le Parlement vient d’en modifier les règles pour la première fois en 27 ans, il y a cinq jours. On t’explique le mécanisme et ce qui vient de changer.
La ZEE appartient à tous les Calédoniens — kanak, caldoche, zoreilles, métis, Wallisiens, Vietnamiens, tout le monde. Est-ce que tu sais qui négocie en ton nom ce qu’on en fait ?
Sources
- ZoNéCo — Programme d’exploration de la ZEE calédonienne, rapports de campagnes 1998-2024 : zoneco.nc
- DIMENC — Direction de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie NC : dimenc.gouv.nc
- IFREMER — Rapports de synthèse sur les bassins sédimentaires NC
- Accord de Bougival — 12 juillet 2025, texte officiel : gouv.nc
- Sénat français — Rapports sur la ZEE française dans le Pacifique
- Office Français de la Biodiversité — Biorégionalisation pélagique ZEE NC : data.gouv.fr
Article rédigé par Nobesh — Terre de Palabre, mai 2026 Ce contenu est indépendant de tout organe de presse et de tout parti politique. Partage libre avec mention de la source.




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